
Comme la fameuse Joconde, à laquelle on l’a souvent comparée, que de mystères retiennent la pose et le regard de cette jeune femme! Peut-être une méditation peinte du mystère même de l’être… Si Camille Corot est reconnu largement pour ses superbes peintures de paysage, ses portraits de proches ou de fantaisie n’en sont pas moins remarquables. (Et si le portrait était un autre paysage ?) Dans des tonalités plutôt froides – vert, marron et blanc laiteux – cette jeune femme au visage si doux (qui porte plutôt une fleur qu’une perle au front, le titre est sans doute tiré d’un état antérieur de l’oeuvre) nous fait entrer dans une sorte d’intimité chaste et délicate avec elle.
Et quelque chose de l’in-fini du visage se donne à voir: l’artiste en effet a retouché toute sa vie ce portrait qu’il n’achèvera jamais tout à fait. Comme s’il était resté dans un dialogue permanent pendant presque 30 ans avec cette présence. Figure d’une sorte de simplicité paysanne, incarnation peut-être des magnifiques ruralités que Camille Corot a admirées en tant d’endroits, en Charente, dans la vallée de la Loire ou en Suisse, elle est pour moi comme une sorte de « vierge » moderne, une femme d’une sensualité extrême et comme « imprenable » et qui ne cesse en nous regardant d’attirer le ciel sur la terre.